Noès et ses habitants

 Qui d’entre nous ne s’est jamais demandé ,un jour ou l’autre à quoi pouvait bien ressembler Noès il y a 10 , 50  ,100  ans ou plus ?

Pour vous apporter un début de réponse , nous avons demandé à nos « anciens » de faire appel à leurs souvenirs et de nous livrer leurs témoignages en nous racontant « leur NOES » .

La première personne à avoir accepté de nous raconter son histoire est   M.Cazenave , arrivé dans le coin en 1920…..

      Noès : les quatre lettres des quatre points cardinaux pour s’orienter en regardant simplement la girouette sur le toit   et voir arriver le beau ou le mauvais temps.

             Voici résumée l’histoire de mon village de Noès, dans l’intention aussi de mieux le faire connaître aux nouveaux habitants que cela pourrait intéresser

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Dédé, c’est moi ! Le vieux Noésien, je n’y suis pas né mais j’y étais en 1920.

Mon quartier de Noès

Noès : les quatre lettres des quatre points cardinaux pour s’orienter en regardant simplement la girouette sur le toit et voir arriver le beau ou le mauvais temps. Voici résumée l’histoire de mon village de Noès, dans l’intention aussi de mieux le faire connaître aux nouveaux habitants que cela pourrait intéresser.

Noès, c’était un grand village, de la Ferme Expérimentale au Moulin du Peugue jusqu’à la ferme Mano.

 

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Ce n’était pas très habité à cette époque là : quelques vieilles maisons, de la vigne dans le Haut, avec ses châteaux
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Le Clos Halloran
 
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Les Chambrettes
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et le Haut Brana

 

Ils faisaient du bon vin de grave, avec les fraises de Pessac cultivées entre les vignes de bonnes renommées. On a tout arraché pour bâtir des maisons et des citées.
Dans le bas Noès, ce n’était que des fermes avec leurs bétails : chez Mano : 20 vaches, où on allait chercher le lait frais tiré le soir.A l’ouest la ferme du Curé : on ne la connaissait que sous ce nom-là, en réalité elle appartenait au château Pape Clément. Là aussi il y avait 20 vaches. Un jour, ils ont vendu la ferme. Alors plus de vacher, ni de chien, 20 cloches qui ne tintèrent plus. Finis ces beaux bruits de campagne. C’était un peu notre télé !
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Alors aux « Azalées » ont été plantés des peupliers et 30 ans après les peupliers ont été arrachés et le lotissement des Azalées les a remplacé.

Aux platanes c’était marécageux, on entendait les grenouilles chanter les jours de pluie. En 1925, Monsieur Bergoin propriétaire du château Halloran a fait un lotissement où les gens modestes venaient acheter un bout de terre de trois cents mètres carrés. Ils se bâtissaient des petites maisons en bois avec des planches et des pointes

 

Le dimanche, tout le monde travaillait à bâtir sa petite maison. Les gens n’étaient pas riches, c’étaient des ouvriers mais ils étaient contents d’être à la campagne. On avait rien pour transporter nos matériaux.

Monsieur Kamerling possédait un petit âne et une charrette, il nous les prêtait pour transporter le bois pour faire nos petites maisons.

Il y avait un grand vivier de 100 mètres de long sur 20 mètres de large avec du poisson et il venait du monde d’un peu partout pour y pêcher.

Monsieur Kamerling avait monté un petit bar où on pouvait se rafraîchir après une bonne prise. Le climat était très renommé, ce n’était pas encore l’époque des automobiles. On avait l’eau au puits dans le jardin. Elle était très bonne à boire. L’eau du Peugue, elle, était très claire.

Nous avions fait un barrage, c’est là que j’ai appris à nager. Le Dimanche on pêchait le goujon avec les pécheurs qui venaient de la ville. Parlons aussi des lavandières.

Je me souviens de Madame Bernède, de Madame Lagoëte et de bien d’autres dont je ne me rappelle plus très bien les noms. Elles lavaient le linge dans le Peugue dont l’eau était claire et très froide l’hiver. On les voyait sur le chemin de Noès avec leurs brouettes toutes pleines pour aller faire sécher le linge. C’était dur car la route était caillouteuse. Leur enclos était toujours rempli de linge qui séchait. Le samedi, elles partaient avec le cheval et la charrette livrer le linge propre à la clientèle Bordelaise.

C’était les lavandières de Noès ! Et puis il y avait notre café restaurant, chez Lubert, très pratique pour se réunir entre copains pour faire une belote et prendre une collation. On y tenait les réunions du Comité du quartier et quand c’était la fête, je vous promets qu’il y avait du monde chez Lubert, rue de la Gaieté.

 

Le bois, nous allions le chercher à la scierie Audy, près du bourg de Pessac. Alors Noès s’est peuplé de gens pas très riches qui venaient de partout. C’était très cosmopolite et tous étaient toujours très bien accueillis par les indigènes de Noès

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Dans le village de Noès les maisons étaient petites et en bois mais il y avait quand même des familles nombreuses. Monsieur Tévenas qui venait de suisse et faisait du bon chocolat avait trois filles et deux garçons. Sa maison s’appelait « ma chaumière » et était assez grande, en bois comme les chalets suisses. Moi, j’étais le fils de Monsieur Cazenave, chausseur sur mesure. Pour ceux qui ne pouvaient pas faire autrement comme les mutilés de la guerre, il était orthopédiste. Comme aussi pour Monsieur le curé de Pessac qui chaussait du 46, pour la noblesse, les contes de certains châteaux, et pour ceux qui marchaient avec des galoches en bois qui s’usaient vite car on se déplaçait beaucoup à pied en ce temps là. La famille Cazenave avait aussi quatre garçons et une fille. Le père était des Pyrénées, la mère de Belgique.

Derrière le château Halloran se trouvait une belle allée de charmes qui menait jusqu’au Peugue. C’est là qu’habitait la famille Planeau, près du Peugue : deux garçons et deux filles.

A ce moment là on savait s’amuser sans jeu mécanisé : on jouait au rondo, à colin maillard, à cache cache et aussi à Tarzan dans les arbres de l’allée des charmes. On s’amusait bien même si on n’avait pas toutes les belles choses dont on dispose maintenant. Nous pouvions traverser le chemin de Noès sans risquer d’accident. Les enfants de toutes ces familles nombreuses venues d’un peu de partout s’amusaient bien ensemble.

Mais un jour, pour deux d’entre eux, ça a été sérieux car ils ont décidé de continuer à jouer ensemble pour la vie dans le village de Noès et cela dure depuis plus de 50 ans ! Maintenant les amusements ne sont plus les mêmes.

Sur le chemin de Noès se tenait une petite épicerie « Chez Galei ». Elle était petite et pourtant on trouvait tout ce qu’il fallait pour manger et même du pétrole pour alimenter la lampe pour s’éclairer. Puis Monsieur Proit a monté une plus grande épicerie où on trouvait des articles de ménage, qui s’agrandit ensuite d’une boucherie charcuterie.

 

Un jour les habitants se sont réunis sur une idée du Comité pour monter une salle des fêtes pour le quartier, attenante au restaurant Lubert. Alors elle a servi à beaucoup de choses : réunions, bals, théâtre. Ce n’était qu’un salle en bois elle aussi, mais très réglementaire avec autorisation. Les habitants de Noès, très courageux, ont donné pas mal de leur temps pour la bâtir et ils y sont arrivés. Monsieur et Madame Moreau y enseignaient aux enfants la musique, le piano, l’accordéon et la danse. Je vous promets que c’était du bon travail, notre cher Dany pourrait vous le dire

En 40, nous avons eu l’occupation allemande, les bombardements. Ma foi, ce n’était pas gai les repas « topinambours et rutabagas », on ne faisait pas beaucoup de graisse en ce temps là. Et quand il y avait alerte aux avions anglais qui passaient au dessus de Noës pour aller bombarder l’aéroport, le puits nous servait d’abri dans le jardin. Puis les allemands sont partis. Il en est resté quelques uns prisonniers à la ferme Mano.

Pour la petite histoire, un jour deux prisonniers qui passaient sur le chemin de Noès et cherchaient le café chez Lubert, accostèrent ma mère qui passait aussi par là et avec des gestes, lui demandèrent la route. Elle leur répondit dans leur langue qu’elle savait très bien parler. Alors surpris, les allemands ont cru avoir dépassé la frontière !

Toujours pour raconter notre vie, le samedi soir chez Madame Laporte dans sa petite maison de 12 m2, on se réunissait, 12 amis, pour jouer à Mistigri à 5 centimes la partie.

Le jeudi il n’y avait pas classe pour les enfants. Mademoiselle Brault partait alors sur la route avec une trentaine d’enfants de Noès. Ils allaient vers le bois de Berniche. Elle faisait la garderie. Les enfants s’y sentaient bien. Ils pouvaient jouer ensemble. Elle faisait un peu de catéchisme et la journée finie, chacun revenait avec un petit fagot de bois. Il fallait voir cette bande d’enfants sur le bord de la route, c’était trop beau : deux ou trois qui poussaient le tricycle de la Demoiselle, un qui surveillait au cas où il arriverait une auto, chose qui arrivait rarement ! Enfin nous avions Julien et sa sœur Pétra. Lui, passait la journée à faire brouter sa vache dans le quartier ! On le voyait sur tous les chemins en sa compagnie.

C’était des amis sympathiques que nous aimions bien. Ils venaient d’Avila, en Espagne, mais ils se plaisaient bien avec nous à Noès. Sa vache aussi car elle trouvait encore suffisamment d’herbe sur le bord des rues et des chemins. Maintenant les Noésiens sont toujours aussi gentils mais ils ont la télé ou sont dans leur auto. Cependant quand c’est la fête du quartier, ils se retrouvent toujours avec le sourire. Ils sont un peu timides mais ils aiment le coin. Il n’y a plus de grenouille, de toutes façons on ne saurait plus les cuisiner. Il n’y a plus non plus le bon cresson de Monsieur Laplace qu’on appelait le Baron des cressonnières, et qui nous le vendait fraîchement cueilli, la source arrivait du Haut Noès. Il se faisait de bonnes choses à Noès : en 1958, Madame Lecal, apicultrice, faisait du bon miel dans son rucher de Noès. En 1960, son gendre Armand Reinhart, lui-même apiculteur, continuait à faire du bon miel. N’oublions pas non plus de parler des gens honorables, de ceux qui ont donné le bon exemple. J’ai connu quatre rosières à Noès, au cours de différentes époques.

C’était une belle fête dans le quartier. Le couronnement avait lieu à l’église de Pessac. Trois conseillers municipaux : Monsieur Dubourg, Monsieur Lagoëte, Monsieur Benoit ont pris une place particulière dans mes souvenirs. Enfin, dans un passé beaucoup plus récent, nous avions aussi une bonne équipe d’artistes « les Baladins » toujours bien dirigés par Sylvette Maurin et d’autres, pour animer les traditionnelles fêtes du quartier. Nous nous entendions bien, les spectacles étaient superbes, ceux qui ont eu le bonheur d’y assister pourrons vous le dire : à chaque fois, trois mois de répétitions inoubliables entre camarades. Le jour du spectacle, la salle toujours pleine de monde. Voilà en résumé l’histoire du village où j’ai vécu. Je termine là mon récit. C »est un peu le principal de 90 ans de vie dans mon village de Noès. Maintenant, avec le temps, tout a changé.

Ce n’est pas plus mal : les maisons sont plus belles et plus confortables, les routes bien meilleures et comme je l’ai déjà dit les gens sont aussi gentils, peut-être un peu plus timides. Il y a moins d’eau dans le Peugue mais il y en a plein dans les tuyaux ! Quoiqu’il en soit, Noès d’autrefois ou Noès de maintenant,

il restera pour toujours le quartier si cher au cœur de Dédé.

André Cazenave-Nebout dit « Dédé »